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IL MÉPRISE UNE MENDIANTE DEVANT SON ENTREPRISE… MAIS ELLE CONNAÎT UNE CHANSON DE SON ENFANCE ! 

Mathieu sortait de son entreprise à Marseille lorsqu’une vieille femme lui tendit une main tremblante.

Suzanne, soixante-dix-sept ans, portait un manteau violet délavé.

— Monsieur, pourriez-vous m’aider ?

Mathieu la repoussa.

— Je n’ai pas de temps pour vous !

Il souffla sur sa main avec dégoût avant de poursuivre sa route.

Suzanne se mit à pleurer.

Puis elle murmura doucement :

— Dors, mon petit soleil… la lune veille sur ton sommeil.

Mathieu s’arrêta.

Il se retourna brusquement.

— Comment connaissez-vous cette berceuse ?!

Suzanne leva les yeux.

— Parce que je l’ai inventée pour toi.

La chanson du petit soleil

Mathieu avait grandi dans un quartier modeste de Marseille.

Sa mère, Suzanne, travaillait comme aide-soignante.

Elle élevait seule son fils.

Le soir, lorsqu’elle rentrait fatiguée, elle lui chantait toujours la même berceuse.

— Dors, mon petit soleil… la lune veille sur ton sommeil.

Mathieu lui demandait :

— Pourquoi je suis ton soleil ?

Suzanne répondait :

— Parce que tu rends mes journées plus lumineuses.

Mais lorsque Mathieu eut six ans, Suzanne fut victime d’un accident sur son lieu de travail.

Elle dut suivre une longue rééducation.

Pendant cette période, sa sœur proposa d’accueillir Mathieu.

Suzanne accepta temporairement.

Mais la relation entre les deux femmes était conflictuelle.

Sa sœur partit ensuite vivre dans une autre région sans faciliter les retrouvailles.

Elle raconta à Mathieu que Suzanne ne voulait plus le reprendre.

Le garçon en fut profondément blessé.

Un homme qui détestait la faiblesse

Mathieu devint un élève brillant.

À l’âge adulte, il fonda une entreprise de nouvelles technologies.

Il gagna rapidement beaucoup d’argent.

Il acheta une voiture luxueuse.

Il s’installa dans un appartement avec vue sur la mer.

Mais il se montrait dur envers les personnes qu’il considérait comme faibles.

Il répétait souvent :

— Dans la vie, chacun doit se débrouiller seul.

Il avait oublié combien sa propre enfance avait dépendu du travail et de l’amour de Suzanne.

Ou plutôt, il avait essayé de l’oublier.

Une mère qui attendait

Suzanne chercha longtemps son fils.

Elle conserva des photographies, des lettres et un vieux carnet.

Dans ce carnet, elle avait écrit les paroles de la berceuse qu’elle chantait à Mathieu.

Avec les années, ses problèmes de santé s’aggravèrent.

Elle perdit son emploi.

Puis elle connut une période d’extrême précarité.

Elle trouva parfois refuge dans des structures d’accueil.

Mais elle ne cessa jamais d’espérer retrouver son fils.

Un jour, elle aperçut sa photographie dans un journal économique.

Elle reconnut immédiatement son sourire.

Elle apprit qu’il dirigeait une entreprise à Marseille.

Alors elle s’y rendit.

La rencontre

Mathieu fixa la vieille femme.

— Vous dites avoir inventé cette chanson ?

Suzanne acquiesça.

— Tu avais peur lorsque le vent frappait tes volets.

Elle chantonna quelques notes.

Mathieu sentit un souvenir surgir.

Une chambre sombre.

Une couverture bleue.

Une femme assise près de son lit.

Il murmura :

— Maman ?

Suzanne éclata en sanglots.

Elle sortit un petit carnet de son sac.

Sur la première page, Mathieu reconnut son prénom.

Les paroles de la berceuse étaient écrites à l’encre bleue.

Des réponses attendues depuis trente ans

Mathieu invita Suzanne dans un café.

Ils parlèrent pendant des heures.

Suzanne raconta son accident et les difficultés de leurs retrouvailles.

Mathieu commença à comprendre que son enfance lui avait été racontée de manière incomplète.

Il entreprit des recherches.

Il retrouva des archives médicales et des documents anciens.

Un test de filiation confirma ensuite leur lien.

Le jour où il reçut les résultats, il appela Suzanne.

Sa voix tremblait.

— Maman, c’est bien toi.

Elle ne put répondre immédiatement.

Elle pleurait trop.

La honte et le regret

Mathieu repensa au moment où il avait repoussé sa mère.

— Je t’ai traitée comme si tu n’étais rien.

Suzanne lui répondit :

— Tu ne savais pas.

— Mais je pensais vraiment que les personnes pauvres étaient responsables de leur situation.

Suzanne le regarda avec douceur.

— Certaines personnes font de mauvais choix. D’autres traversent des malheurs qu’elles n’ont pas choisis. Dans tous les cas, elles méritent le respect.

Mathieu baissa les yeux.

Il comprit que son succès lui avait donné une confiance excessive.

Il avait confondu richesse et valeur humaine.

Un nouvel avenir

Mathieu aida Suzanne à retrouver un logement stable et les soins nécessaires.

Mais elle refusa de devenir simplement une personne qu’il entretenait à distance.

— Je veux apprendre à te connaître, lui dit-elle.

Ils commencèrent à se retrouver chaque semaine.

Elle lui préparait parfois ses plats préférés.

Il lui racontait ses projets.

Elle lui parlait de son ancienne vie.

Il découvrit que Suzanne aimait jardiner et écouter de la musique classique.

Une entreprise différente

Quelques mois plus tard, Mathieu réunit ses collaborateurs.

Il annonça la création d’un programme de formation destiné aux personnes éloignées de l’emploi.

Il expliqua que son entreprise pouvait contribuer à donner de nouvelles possibilités à ceux qui traversaient des difficultés.

Lors de la première cérémonie, Suzanne se trouvait dans le public.

Mathieu la présenta simplement :

— Voici ma mère. Elle m’a appris ce que signifie vraiment aider quelqu’un.

Suzanne sourit.

Après la cérémonie, elle lui prit la main.

— Je suis fière de toi.

Mathieu répondit :

— Moi aussi, je suis fier de toi.

La berceuse retrouvée

Un soir, Suzanne tomba malade et dut passer quelques jours à l’hôpital.

Mathieu resta près d’elle.

Elle semblait fatiguée.

Il lui demanda :

— Tu veux que je reste ?

Suzanne sourit.

— Seulement si tu en as envie.

Mathieu s’assit.

Puis il commença doucement :

— Dors, mon petit soleil…

Suzanne ouvrit les yeux, surprise.

Il poursuivit :

— La lune veille sur ton sommeil.

Des larmes apparurent sur les joues de Suzanne.

— Tu t’en souviens toujours ?

Mathieu lui prit la main.

— Je crois que je ne l’ai jamais vraiment oubliée.

Elle lui sourit.

Quelques jours plus tard, elle rentra chez elle.

Mathieu avait installé un petit jardin sur son balcon.

Ils y passèrent l’après-midi.

La mer brillait sous le soleil de Marseille.

Suzanne regarda son fils.

— Tu sais pourquoi je t’appelais mon petit soleil ?

Mathieu sourit.

— Parce que je rendais tes journées plus lumineuses.

Elle acquiesça.

Il ajouta :

— Maintenant, c’est à mon tour d’illuminer les tiennes.

Mathieu avait rejeté une mendiante parce qu’il croyait que la pauvreté était une faiblesse. Mais une berceuse lui révéla qu’il venait de repousser sa propre mère. Il découvrit alors qu’un homme peut posséder une fortune immense et rester pauvre de cœur, jusqu’au jour où il apprend enfin à aimer sans mépris.

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